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Variation sur un modèle pédagogique :
l’apprentissage par problèmes
Notre aventure sur
l’implantation interdisciplinaire de l’apprentissage par problèmes (APP)
est en cours; il est donc impossible de vous en donner le résultat
final. Cependant, les responsables de l’AEESICQ ont pensé que vous
pourriez être intéressées par notre cheminement. Aussi s’agit-il
seulement de vous amener à l’intérieur du département pour vous
permettre d’évaluer l’ensemble des implications de cette démarche.
Alors, allons y !
Notre histoire a débuté à
l’hiver 1999 alors que Raymonde Cossette et Suzanne McClish,
enseignantes de dernière année, mettaient sur pied un premier circuit
ECOS pour les élèves qui devaient se présenter à l’examen du droit de
pratique à l’hiver et qui n’avait reçu aucune préparation pour ce
nouveau mode d’évaluation. Ce sera le début d’une profonde remise en
question de nos méthodes pédagogiques. Pourquoi ? Parce que les
enseignantes, en étant observatrices des ECOS, ont été confrontées aux
limites de leurs enseignements. En fait, ce premier bilan était plutôt
sombre :
n
les élèves ne se
souviennent pas d’informations essentielles malgré que le professeur les
ait répétées et reformulées maintes et maintes fois, et malgré le fait
que ces enseignements aient été repris sur plusieurs sessions;
n
les élèves
connaissent parfois l’information mais ne la transfèrent pas dans des
situations pratiques;
n
les élèves
n’évaluent pas la globalité de la situation; les connaissances acquises
en bio, psycho et socio sont classées dans des compartiments peu
perméables;
n
les élèves
éprouvent de sérieuses difficultés à faire le tour d’une situation : ils
sont tellement contents lorsqu’ils ont trouvé une piste d’interventions
qu’ils oublient de collecter toutes les données essentielles à
l’évaluation du problème.
Le ciel nous était tombé sur
la tête. Nous, les enseignantes ! Si habiles, si drôles, si dynamiques,
si vite pour dégainer toutes les connaissances acquises au cours de
notre carrière ! Voilà que nous étions confrontées au fait que notre
enseignement ne faisait pas apprendre automatiquement ce qu’il fallait
savoir. Quelque chose ne passait pas. Il a bien fallu admettre que
l’élève que nous avions devant nous, qu’on le veuille ou non,
n’apprenait pas comme nous avions appris. Cet élève baigne dans
l’univers du vidéoclip, de l’info rapide, de l’internet et il veut agir
pour comprendre et intégrer. Il est issu des nouvelles tendances
pédagogiques telles la gestion par projets et la pédagogie
participative. Avec ces observations, des enseignantes, dans un
mouvement de contagion, ont progressivement modifié leurs approches :
mises en situation, histoires de cas, jeux de rôles. La ligne directrice
est simple : un élève apprend davantage quand c’est lui qui travaille,
qui participe, qui jongle avec les connaissances plutôt que le
professeur.
L’idée de l’approche par
problème s’est mise à germer. Dans un projet collectif, on ne sait plus
trop qui a planté la première graine mais elle a été mise en terre et
s’est trouvée sur un sol fertile. À l’hiver 2000, M. René Hyvon est venu
au département de soins infirmiers nous parler du modèle pédagogique de
l’APP tel qu’il est appliqué au département de médecine de l’Université
de Sherbrooke. Ce fut l’incident critique.
Devant l’engouement du
département pour l’approche, madame Johanne Charland, conseillère
pédagogique m’a inondée de documents sur l’APP. Ce modèle semblait
prendre d’assaut plusieurs disciplines du niveau universitaire mais nous
cherchions un modèle d’organisation collégiale. À cet égard, la maîtrise
en éducation de Mme Soukini et de M. Fortier sur l’APP (janvier 99) a
été, et est encore, un instrument très précieux. C’était donc possible
au niveau collégial d’appliquer cette méthode avec des élèves dont la
moyenne secondaire est peu élevée.
Nous voilà donc à l’automne
2001 dans une conjoncture des plus favorables :
n
les motifs
invoqués par l’Université et le Cégep de Sherbrooke dans chacune de leur
discipline pour changer leur modèle pédagogique sont les mêmes que les
nôtres : standardiser l’enseignement, croiser les compétences, mettre de
l’avant les habiletés de métacognition et la débrouillardise, organiser
l’enseignement autour de l’élève qui apprend etc.;
n
la révision de
programme impose un renouveau pédagogique des laboratoires, de la
théorie et de la clinique;
n
les
enseignants-es en soins infirmiers et ceux de bio veulent modifier leur
façon de faire et sont insatisfaits des résultats actuels;
n
les enseignantes
sont plus motivées à ancrer les compétences du nouveau programme dans un
modèle pédagogique que de travailler les compétences en elles-mêmes.
L’observation de tutoriaux en
APP à l’université de Sherbrooke a confirmé l’orientation du
département. Nous avons ensuite obtenu un appui ferme et enthousiaste de
la direction du collège pour soutenir le projet. Nous pouvions nous
mettre au travail.
Nous avons formé trois
comités. Je vous explique comment chacun d’eux travaille et comment les
liens avec l’ensemble du département sont maintenus. Les membres de ces
comités sont des professeurs de biologie et de soins infirmiers. La
sociologie, favorable à l’approche, se joindra en temps et lieu.
Le comité de la logistique
C’est probablement celui qui
nous fait connaître de l’ensemble des directions du collège ! ! Imaginez
que vous prenez les heures de théories de la bio, de la psycho, des
soins et que vous les transformez en tutoriaux (2 rencontres de 1h30
pour un problème), que ces tutoriaux ne peuvent fonctionner avec plus de
10 personnes (chaque groupe théorique de 30 doit être divisé en
sous-groupe de 10), que vous admettez 90 élèves et que vous devez
produire un horaire-maître en tenant compte des contraintes des cours de
formation fondamentale ! Il n’y a pas un ordinateur qui nous comprend !
Ajoutez à cela le nombre de locaux nécessaires, une tâche enseignante
qui doit rester la même, un horaire étudiant dégageant suffisamment
d’heures d’étude pour approfondir les problèmes et une entente avec
l’administration que tous ces changements seraient effectués à un coût
zéro.
Nous sommes arrivées à
produire les tâches des enseignantes de la première année (bio, psycho,
soins) et les horaires des groupes d’élèves. Les problèmes ont été
soulevés un à la fois et ont trouvé leurs solutions. Le collège nous
cherche des locaux et une personne-ressource en informatique qui
pourrait nous produire un programme pour générer les horaires-maîtres.
Nous nous questionnons
maintenant sur les modalités de reprise pour les élèves en échec et
l’intégration des élèves qui viendraient d’autres collèges.
Le
comité des problèmes prioritaires
Sachant qu’en travaillant en
approche par problème, il ne serait pas possible de couvrir toutes les
pathologies actuelles, nous avons procédé à de nombreuses consultations
départementales. Nous avons retenu les problèmes les plus fréquemment
rencontrés en clinique, ceux qui nécessitent une hospitalisation, qui
prévalent dans la société ou qui présentent un degré important de
morbidité. Des deuils de contenu se sont faits progressivement ainsi que
des deuils de dédoublement de matière. Une confiance interdisciplinaire
s’installe. On réalise, entre disciplines, que nos contenus sont parfois
très proches voire identiques.
Cela exige une gestion serrée
et efficace du temps parce que nous en avons peu. C’est la plus longue
partie du processus : donner un poids-santé aux compétences tout en
allant chercher un consensus sur une manière d’aborder les thèmes dans
chacun des tutoriaux. Nous avons dû faire au moins une dizaine d’arbres
de concepts.
En APP, l’arbre de concepts
précise la manière d’aborder les situations de soins. Une situation de
soins est au centre : c’est le tronc. Elle sera regardée selon plusieurs
angles : ce sont les branches. À leur tour, ces branches produiront des
concepts essentiels à aborder. Nous avions deux questions à résoudre :
comment choisir les branches et les thèmes.
Nous avons procédé par essai
et erreur pour les branches : utilisation de nos méga-compétences
(compétence relationnelle, jugement diagnostic, thérapeutique, éthique),
ensuite de l’ensemble des compétences (QO, Q1 etc..), puis la fonction
de travail (évaluation et analyse, intervention, collaboration), enfin
une variation sur la fonction de travail (évaluation et analyse,
interventions, communication interprofessionnelle et métacognition). À
chaque fois, nous avons testé notre modèle et refait nos devoirs avec le
support de M.Hyvon et de M.Plante de la faculté de médecine de
l’Université de Sherbrooke. Notre dernier arbre de concepts reçoit
l’assentiment départemental mais il pourrait être modifié à mesure que
nous progresserons dans les tutoriaux.
En ce qui a trait aux thèmes,
nous avons procédé par tâtonnement. Fallait-il prendre les systèmes du
corps humain, les problèmes infirmiers, les méga-compétences ? En se
demandant quelles sont les situations de soins que rencontre
l’infirmière, nous avons opté pour les signes ou état que présente le
patient et qui sont couramment rencontrés dans la pratique. Ainsi, les
thèmes qui vont générer des problèmes sont par exemple : le patient
alité, le patient opéré, le patient dyspnéique, le patient en perte
d’autonomie et ainsi de suite.
C’est une étape longue pour
qui n’a pas beaucoup de temps. C’est une étape difficile et lourde en
conséquence. Elle détermine tout le programme. Nous pensons être proches
d’une orientation définitive.
Le
comité sur la construction des problèmes
Nous avons identifié 21
tutoriaux pour la première session : 8 plus précisément en soins
infirmiers, 9 en biologie et 4 en psychologie, sans compter une semaine
d’introduction au modèle. Nous sommes à construire un problème de
première session avec le guide du tuteur (résumé du problème, concept,
croyances, connaissances antérieures à réactiver, objectifs
d’apprentissages, matériel didactique, lien avec les concepts d’autres
tutoriaux, tests formatifs pour l’élève, questions d’examens de type
QORC) et le guide de l’élève (le problème, les branches et les concepts
à développer, les objectifs d’apprentissages, les références, les tests
formatifs). Il s’agira du prototype pour chacune des sessions.
Parallèlement, nous
travaillons sur le modèle de soins et sur l’encadrement des élèves de
première année. Nous publions une fois par mois, pour toutes les
enseignantes du programme un bulletin de liaison APP. Pour le reste, on
fait comme vous toutes : on se dépêche pour arriver à la ligne d’arrivée
du nouveau programme pour l’automne 2001. Oups, je me sauve parce que
la culpabilité me ronge : je suis censée travailler sur la semaine
d’introduction au nouveau modèle pédagogique aujourd’hui....
Caroline
Larue
(clarue@cvm.qc.ca)
Co-responsable de la coordination départementale en soins infirmiers
Cégep du Vieux Montréal |